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Haut les coeurs pour Serapias cordigera !

Publié le 13/05/2024 Vue 699 fois

Redécouverte pour le département de Lot-et-Garonne


Serapias cordigera (Sérapias en cœur, Linné 1763), est une orchidée qui a fortement régressé dans l'Ouest de la France depuis la fin du XIXe siècle et semblait avoir disparue de Lot-et-Garonne jusqu'à sa toute récente redécouverte en ce printemps 2024. Cette espèce sensible est protégée au niveau régional, en danger d’extinction en ex-aquitaine et en danger critique d’extension sur le reste de la Nouvelle-Aquitaine.

LA REDÉCOUVERTE DE SERAPIAS CORDIGERA EN LOT-ET-GARONNE

C’est début Mai 2024 qu’Alexis BATAILLE et Marie-Françoise BOUYNE découvrent plusieurs centaines de pieds de Serapias cordigera à Astaffort, commune du sud du Lot-et-Garonne, sur des parcelles communales limitrophes avec le Gers. Cette découverte a eu lieu en compagnie d’un groupe citoyen venu découvrir le prés communal faisant l’objet d’un projet de préservation et de valorisation du patrimoine naturel et paysager du secteur.

La donnée a été immédiatement transmise pour validation à Vincent GILLET (SFO Aquitaine), qui a confirmé sur photo l'identification faite in situ.

Cette station compte également de nombreux pieds de Serapias lingua et Serapias vomeracea et Anacamptis morio (+ 7 000 pieds comptabilisé en 2023). Egalement présent quelques pieds d’Ophrys scolopax et Ophrys apifera, au milieu d’une quarantaine d’autres espèces de prairies mésophiles.

Suite à la découverte, et en se replongeant dans ses photos prises l’année précédente sur ce même site, Alexis BATAILLE découvre parmi les dizaines de photos de Serapias vomeracea, une photo de Serapias cordigera non traitée. Ainsi, la redécouverte de cette année s’avère être datée finalement de fin Mai 2023.

MENTIONS DE SERAPIAS CORDIGERA DANS LE SUD-OUEST

Cette espèce affectionne les milieux ouverts ou semi-ouverts sur substrats plutôt acides. Elle se retrouve notamment sur d'anciennes terrasses de culture, d'anciennes vignes ou dans des bois clairs. Son aire de répartition est morcelée sur une zone méditerranéo-atlantique qui s'étend du Portugal à la Turquie. Sans être rare, elle reste localisée dans ses aires de distribution.

La Flore de l'Ouest de la France présente la Serapias cordigera comme étant assez commune dans les prés marécageux. Sur l’OBV NA, sa répartition éparse se concentre sur le bassin de l’Adour et de l’Estuaire de la Gironde, ainsi qu’en Nord Deux-Sèvre. Des données historiques (avant 1950 et 2000) font état de sa présence également en bord de Garonne et Dordogne. 

Ailleurs en France, les stations connues se concentrent sur l’Est méditerrannéen et la Corse, et en Occitanie le long de la Garonne.

En Lot-et-Garonne, les données de cette espèce datent de 1898, observations faites par Jean-Odon DEBEAUX (botaniste agenais de la Société Botanique de France), dans le cadre de la “Révision de la flore agenaise suivie de la flore du Lot-et-Garonne” (1898). Présentant Serapias cordigera comme étant assez rare, il y décrit les secteurs dans lesquels il a pu trouver l’espèce, essentiellement dans la moitié Sud du département, de manière éparse : Bois, taillis et pelouses des coteaux (agenais Nord), bois sablonneux (Agenais Sud), bruyères et landes sèches (Landes de Gascognes).

Un unique pied était connu dans le département par Solange ESNAULT (données de 1990 et 2004 ; non référencé à l’OBV NA et à la SFO Aquitaine) sur la commune de Monheurt. Ce seul pied, victime de l’urbanisation, a été bétonné, faisant de cette Serapias une espèce disparue du Lot-et-Garonne.

CONTEXTE DE LA STATION

La station découverte sur le secteur d’Astaffort, encore jamais identifiée pour l’espèce, se trouve à une altitude comprise entre 160 m et 180 m.

Les 4 ha de prairies se trouvent exposés plein Est avec une pente moyenne de 14%, et atteignant par endroit près de 30% (D+22m). La station de Serapias cordigera découverte se trouve essentiellement sur une petite zone de replat en contre haut de la prairie, en lisière du boisement mixte (feuillus majoritaires). Cependant, l’ensemble du site n’a pas encore été exploré, et il se pourrait que dans le coin Nord-Est, point le plus bas, d’autres pieds se soient développés.

Ces prairies sont caractérisées essentiellement par la présence de molasse de l'Armagnac supérieur (argiles carbonatées silteuses) datant du Burdigalien supérieur continental, et de colluvions divers de versant en couche superficielle (BRGM, Charm50)

Sur le secteur où Serapias cordigera a été détectée, la végétation est clairsemée, moins dense que sur le reste de la prairie, avec quelques zones de sols nus éparses. L'absence de pente entraîne un ralentissement des eaux pluviales, peut-être plus stagnant qu’ailleurs. Ainsi, le sol plus frais présente un développement également de mousses sur cette zone.

Le site se trouvant dans un contexte de connaissances naturalistes assez pauvre, il existe peu de données sur la station. Cependant, quelques relevés ont pu être réalisés par Alexis BATAILLE en 2023, et complétés par le passage de Marie-Françoise BOUYNE en 2024. Ainsi, 55 espèces végétales ont été recensées, dont sur la station à Serapias cordigera

Achillea millefolium, Anacamptis morio, Anacamptis pyramidalis, Anthoxanthum odoratum, Bellis perennis, Brachypodium rupestre, Carex flacca, Cynosurus cristatus, Dactylis glomerata, Festuca rubra, Galium mollugo, Galium verum, Gaudinia fragilis, Geranium dissectum, Holcus lanatus, Jacobaea vulgaris, Juncus effusus, Lathyrus pratensis, Linum usitatissimum, Lotus corniculatus, Luzula campestris, Medicago lupulina, Muscari comosum, Myosotis dubia, Oenanthe pimpinelloides, Pilosella officinarum, Plantago lanceolata, Poa pratensis, Poa trivialis, Polygala vulgaris, Quercus pubescens, Ranunculus acris, Ranunculus bulbosus, Rumex acetosa, Schedonorus giganteus, Serapias cordigera, Serapias lingua, Serapias vomeracea, Thymus praecox, Tragopogon pratensis, Trifolium dubium, Trifolium ochroleucon, Trifolium pratense, Trifolium repens, Verbena officinalis, Vicia angustifolia, Vicia sativa, Vulpia bromoides.

Dans le Gers, département limitrophe des parcelles en question, Claire Lemouzy (com. pers.) a trouvé une belle station dans la région du Bas-Armagnac, dans une ancienne vigne, sur des sables fauves bien acides qui recouvrent eux-mêmes un sous-sol calcaire. (G. BESSONAT, 2005).

CONCLUSION

Les parties prenantes du projet de valorisation prés communal qui abrite cette station (Commune d’Astaffort, Astaffort Commune Citoyenne et l’Association Arto Vivi) sont informées de la valeur patrimoniale de cette espèce et du principe de gestion favorable à son développement (maintien des milieux ouverts par fauche tardive).

Il est prévu que la station soit suivie annuellement pour veiller au maintien en bon état de cette station. Des pistes de réflexions sont engagées pour pérenniser l’engagement de préservation de ce site dans le temps, au-delà de la convention de gestion de 5 ans signée début 2024 entre la commune, l’association Arto Vivi, et Astaffort Commune Citoyenne.

Cette redécouverte en Lot-et-Garonne de Serapias cordigera doit pouvoir relancer la dynamique de sa recherche sur les secteurs adjacents à ceux cités dans la bibliographie, comme c'est le cas pour cette redécouverte.

 

Auteurs : Alexis BATAILLE, Marie-Françoise BOUYNE, Vincent GILLET

 

 

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

DEBEAUX J.O. - “Révisions de la Flore agenaise, suivie de la flore du Lot-et-Garonne.”, 1898.

Gilbert BESSONNAT, Alfred HÉRAULT & Yves WILCOX - “Le Naturaliste Vendéen” vol. 5, 2005

Kollect Nouvelle-Aquitaine : https://nouvelle-aquitaine.kollect.fr

SFO Aquitaine : https://www.sfoaquitaine.com/orchid%C3%A9es-sauvages/serapias

BRGM, Charm-50 (couches géologique SIG) 

OBV NA : https://obv-na.fr

Auteur : Olivier VANNUCCI